La convention de divorce est l’acte écrit par lequel les deux époux, chacun assisté de son propre avocat, organisent l’ensemble des conséquences de leur séparation à l’amiable : partage des biens, sort du logement, pension alimentaire, prestation compensatoire, autorité parentale. Elle ne peut être signée qu’à l’issue d’un délai de réflexion obligatoire de 15 jours à compter de sa réception par chaque époux, sous peine de nullité. Une fois signée en autant d’exemplaires que de parties plus un, elle est déposée au rang des minutes d’un notaire, qui lui confère force exécutoire sans intervention du juge. Notre cabinet, qui traite quotidiennement ce type de dossiers devant les tribunaux judiciaires d’Aix-en-Provence, Salon-de-Provence, Tarascon et Marseille, rédige ces conventions et négocie leurs clauses avant que le délai ne commence à courir.
Sommaire
Ce que la convention de divorce doit obligatoirement contenir
Le divorce par consentement mutuel sans juge, institué par la loi de 2016 et codifié à l’article 229-1 du Code civil, repose entièrement sur un acte sous signature privée contresigné par les avocats des deux époux. Cette convention n’est pas un simple formulaire : la loi impose un contenu minimal, précisé notamment par l’article 229-3 du Code civil, dont l’absence prive l’acte de toute valeur.
Doivent obligatoirement y figurer :
Dans les dossiers que nous traitons au cabinet, l’erreur la plus fréquente vient de conventions téléchargées en ligne, génériques, qui reprennent une trame standard sans intégrer l’état liquidatif réel du couple ni détailler le sort de chaque compte, contrat d’assurance-vie ou crédit en cours. Une convention incomplète expose non pas à un refus immédiat du notaire, mais à des difficultés d’exécution ultérieures, parfois des années après le divorce, lorsqu’un bien ou une dette n’a pas été mentionné.
Le délai de réflexion de 15 jours : point de départ, calcul et sanction
Le délai de réflexion de 15 jours est la garantie centrale de ce divorce sans juge : il vise à s’assurer que le consentement de chaque époux est réfléchi et non précipité par la pression de l’autre. Il court à compter de la réception, par chaque époux, du projet de convention envoyé par son propre avocat en lettre recommandée avec accusé de réception (ou remise contre récépissé). Le délai est individuel : si les deux époux ne reçoivent pas le projet le même jour, le délai de chacun court séparément, et la convention ne peut être signée qu’une fois les deux délais expirés.
Concrètement :
Une signature intervenue avant l’expiration du délai encourt la nullité de la convention, sanction lourde puisqu’elle prive l’acte de tout effet et oblige à reprendre la procédure. Dans notre pratique, nous constatons que ce point est souvent mal anticipé par les couples pressés de finaliser leur séparation avant un déménagement ou une rentrée scolaire : le délai de 15 jours n’est pas négociable et doit être intégré dès le premier rendez-vous dans le calendrier prévisionnel du dossier.
Ce mécanisme se distingue nettement des procédures judiciaires. Lorsque le consentement mutuel n’est pas possible, le divorce reste porté devant le juge aux affaires familiales, sur le fondement de l’altération définitive du lien conjugal ou, plus rarement aujourd’hui, pour faute au sens de l’article 242 du Code civil (divorce pour faute) — la fiche « divorce pour faute » de Service-Public.fr en détaille les conditions et la charge de la preuve, sensiblement plus lourde que dans un divorce amiable.
Signature de la convention et dépôt chez le notaire : effets sur l’état civil
Une fois le délai de réflexion expiré, la convention est signée par les deux époux et contresignée par leurs deux avocats, en autant d’originaux que de parties plus un. L’un des avocats adresse ensuite l’acte, dans un délai de quinze jours suivant la signature, à un notaire au choix des époux, pour dépôt au rang de ses minutes.
Ce dépôt notarié n’est pas une simple formalité administrative : il donne à la convention force exécutoire, c’est-à-dire la même valeur qu’un jugement pour l’exécution forcée de ses clauses (paiement de la pension, remise de biens, etc.). Le notaire ne contrôle ni le fond de l’accord ni son équilibre entre les époux ; son contrôle porte sur le respect des exigences formelles de l’acte (mentions obligatoires, délai de réflexion respecté, présence de deux avocats distincts). S’il constate une irrégularité, il refuse le dépôt et le renvoie aux avocats pour régularisation.
La date du divorce, pour l’état civil, n’est pas celle de la signature mais celle du dépôt au rang des minutes du notaire. C’est cette date qui sera portée en marge de l’acte de mariage et des actes de naissance des époux, et qui marque, pour les tiers, l’opposabilité du changement d’état civil. Entre la signature et le dépôt effectif, un délai de quelques jours à quelques semaines s’écoule généralement selon la disponibilité du notaire choisi.
Le partage des biens et des dettes du couple
Le partage du patrimoine commun est, dans notre expérience, la clause qui concentre le plus de désaccords et le plus de temps de négociation avant signature. Lorsque le régime matrimonial est la communauté, la convention doit liquider l’ensemble de l’actif et du passif : comptes bancaires, véhicules, épargne, mais aussi les dettes contractées pendant le mariage, qui restent solidaires entre époux tant qu’elles n’ont pas été formellement réparties par l’acte.
En présence d’un bien immobilier, la liquidation du régime matrimonial doit être constatée par acte notarié distinct, en application des règles de publicité foncière, avant ou en même temps que la convention de divorce elle-même. Le sort du logement familial — vente, rachat de la part de l’un des époux, maintien en indivision temporaire — doit être précisé avec le prix ou la valeur retenue, les modalités de financement et le calendrier.
Les couples mariés sous le régime de la séparation de biens ne sont pas dispensés de cet exercice : si aucune masse commune n’existe en principe, des biens indivis (achat commun, compte joint alimenté par les deux) doivent être identifiés et répartis. Nous détaillons les particularités de ce régime, notamment son incidence sur la pension alimentaire et l’absence fréquente de prestation compensatoire, dans notre article sur le divorce avec contrat de mariage séparation de biens et pension alimentaire.
Dans les dossiers à fort enjeu patrimonial (entreprise familiale, participations, biens à l’étranger), la rédaction de cette partie de la convention nécessite souvent l’intervention conjointe d’un notaire et parfois d’un expert-comptable, en amont de la signature, pour sécuriser les valorisations retenues.
Prestation compensatoire et pension alimentaire : ne pas confondre les deux mécanismes
Ces deux notions sont fréquemment confondues par les justiciables, alors qu’elles répondent à des logiques distinctes.
La prestation compensatoire, fondée sur l’article 271 du Code civil (prestation compensatoire), vise à compenser la disparité que la rupture du mariage crée dans les conditions de vie respectives des époux. Elle tient compte de la durée du mariage, de l’âge et de l’état de santé des époux, de leur situation professionnelle, des choix faits pendant la vie commune (interruption de carrière pour élever les enfants, par exemple) et du patrimoine prévisible de chacun après la liquidation du régime matrimonial. Elle peut prendre la forme d’un capital versé en une fois ou de manière échelonnée sur plusieurs années, plus rarement d’une rente. Sa révision ultérieure est strictement encadrée par l’article 276-3 du Code civil, qui n’autorise une modification qu’en cas de changement important dans les ressources ou les besoins de l’une des parties.
La pension alimentaire, elle, sert exclusivement à l’entretien et à l’éducation des enfants communs. Elle est due par le parent chez qui les enfants ne résident pas à titre principal, ou se partage selon un mode de résidence alternée et les revenus respectifs des parents. Contrairement à la prestation compensatoire, elle est révisable à tout moment en cas de changement de la situation de l’un des parents ou des besoins de l’enfant, et elle peut être indexée sur un indice publié annuellement.
Nous constatons régulièrement, dans les dossiers traités au bureau d’Aix-en-Provence, que ces deux montants sont additionnés par les époux dans leur négociation initiale, ce qui fausse la discussion : la prestation compensatoire regarde l’équilibre entre les deux époux, la pension alimentaire regarde exclusivement l’intérêt des enfants. Nous renvoyons sur ce point à notre article consacré au calcul de la pension alimentaire dans un divorce à Aix-en-Provence, ainsi qu’à celui portant sur le calcul de la pension alimentaire dans un divorce à Saint-Rémy-de-Provence, qui illustrent les critères concrets retenus.
Camille\*, 39 ans, Salon-de-Provence. Mariée quinze ans sous le régime de la communauté, Camille avait interrompu sa carrière pendant six ans pour élever ses deux enfants. Au moment d’engager la procédure amiable, elle et son époux avaient rédigé eux-mêmes un premier projet de convention, trouvé en ligne, qui ne prévoyait aucune prestation compensatoire malgré l’écart de revenus créé par cette interruption professionnelle. Après reprise du dossier par le cabinet, la convention a été entièrement retravaillée pour intégrer un capital compensatoire échelonné sur trois ans, distinct de la pension alimentaire fixée pour les deux enfants, avant que le délai de réflexion ne commence à courir sur ce nouveau projet.
Les clauses concernant les enfants : résidence, garde et autorité parentale
Lorsque le couple a des enfants mineurs, la convention doit organiser précisément les modalités d’exercice de l’autorité parentale, qui reste en principe conjointe après le divorce. Elle fixe la résidence habituelle des enfants (chez l’un des parents, en alternance, ou tout autre mode) ainsi que le droit de visite et d’hébergement du parent qui n’a pas la résidence principale. Elle prévoit également la répartition des périodes de vacances scolaires et les modalités pratiques de communication entre les parents et avec les enfants.
Un point souvent négligé : chaque enfant capable de discernement doit être informé de son droit à être entendu par un juge s’il le souhaite. Si l’un des enfants demande à être entendu, la convention ne peut plus être homologuée par la seule voie du dépôt notarié : le dossier bascule alors devant le juge aux affaires familiales, qui statue sur les modalités concernant les enfants avant que le divorce puisse être définitivement acté. Cette bascule procédurale est rare en pratique, mais elle doit être anticipée dès la rédaction du projet, notamment par la manière dont l’information de l’enfant est formalisée et datée dans l’acte.
Erreurs fréquentes qui retardent ou fragilisent la convention
Plusieurs erreurs reviennent régulièrement dans les dossiers que nous reprenons, parfois après un premier échec de dépôt chez le notaire :
Dans notre expérience du ressort d’Aix-en-Provence et de Tarascon, la majorité des retards constatés au stade du dépôt chez le notaire proviennent non pas d’un désaccord de fond entre les époux, mais d’une convention rédigée trop rapidement, sans vérification préalable des mentions obligatoires de l’article 229-3 du Code civil.
Coût d’une convention de divorce par consentement mutuel
Le coût global d’un divorce par consentement mutuel se décompose en plusieurs postes distincts, qui varient selon la complexité du dossier : les honoraires de chacun des deux avocats (nécessairement deux, un par époux), les frais de dépôt de la convention au rang des minutes du notaire, et, si un bien immobilier doit être liquidé, les frais d’acte notarié et de publicité foncière, calculés en fonction de la valeur du bien.
Les honoraires d’avocat en la matière sont le plus souvent fixés au forfait pour l’ensemble de la procédure amiable, ou parfois à un taux horaire lorsque le dossier nécessite plusieurs négociations successives sur le partage des biens ou la prestation compensatoire ; ce mode de facturation doit être précisé dans la convention d’honoraires signée dès le premier rendez-vous, conformément aux règles déontologiques applicables à la profession. Les frais de dépôt notarié, eux, sont encadrés par un tarif réglementé et restent d’un montant modéré comparé aux honoraires d’avocat ou aux frais liés à la liquidation d’un bien immobilier, dont le coût varie fortement selon la valeur du patrimoine concerné.
Avant d’engager un dossier, notre cabinet propose une première consultation en droit de la famille à 80 € TTC, au cours de laquelle Me Cédrine Raybaud évalue avec chaque époux les enjeux du dossier, le régime matrimonial applicable et une estimation des postes de coût à anticiper.
Notre position
Un débat récurrent oppose, dans la pratique du divorce amiable, deux approches de la rédaction de la convention : certains praticiens partent d’un modèle standard qu’ils adaptent à la marge ; d’autres reconstruisent l’acte entièrement à partir de la situation patrimoniale et familiale réelle du couple.
Notre position est claire : la convention de divorce ne doit jamais être une trame générique complétée à la marge. L’article 229-3 du Code civil impose un contenu précis parce que cet acte tient lieu de jugement et produit des effets exécutoires pendant des années — sur la pension alimentaire, sur la prestation compensatoire, sur le partage d’un bien. Une clause imprécise ou une omission dans l’état liquidatif ne se corrige pas facilement après le dépôt chez le notaire : elle expose à un contentieux d’exécution ultérieur, parfois bien après la date du divorce, lorsque la situation patrimoniale ou familiale a déjà évolué. C’est pourquoi nous consacrons systématiquement le temps nécessaire, avant l’envoi du projet qui déclenche le délai de réflexion de 15 jours, à vérifier chaque poste patrimonial et chaque clause relative aux enfants, plutôt que de faire courir ce délai sur un document encore incomplet.
Questions fréquentes
Peut-on rédiger une convention de divorce sans avocat ?
Non. Le divorce par consentement mutuel sans juge exige, en application de l’article 229-1 du Code civil, que chaque époux soit assisté de son propre avocat, distinct de celui de l’autre. Un époux non assisté ne peut pas signer valablement une convention de ce type ; la procédure basculerait alors nécessairement devant le juge aux affaires familiales.
La consultation d’un avocat pour un divorce est-elle gratuite ?
Pas au cabinet : la première consultation en droit de la famille y est fixée à 80 € TTC. Une prise en charge gratuite ou partielle existe néanmoins dans certaines situations : l’aide juridictionnelle, sous conditions de ressources, accordée sur demande auprès du bureau d’aide juridictionnelle du tribunal judiciaire ; la protection juridique prévue par certains contrats d’assurance ou cartes bancaires ; et les consultations gratuites organisées par les permanences du barreau, les maisons de justice et du droit ou les points-justice.
Que se passe-t-il si l’un des époux refuse de signer la convention après le délai de réflexion ?
Si l’un des deux époux revient sur son accord avant la signature, la convention ne peut pas être formée : le consentement mutuel suppose l’accord des deux parties au moment même de la signature, pas seulement au moment de l’envoi du projet. Le dossier doit alors être réorienté, selon la situation, vers une nouvelle négociation amiable ou vers une procédure judiciaire devant le juge aux affaires familiales.
Le délai de réflexion de 15 jours peut-il être réduit ou supprimé ?
Non, ce délai est d’ordre public et s’impose quelle que soit l’urgence ressentie par les époux. Aucune clause de la convention ne peut y déroger ; une signature intervenue avant son expiration exposerait l’acte à la nullité.
Quel est le rôle du notaire dans le dépôt de la convention de divorce ?
Le notaire ne négocie pas le contenu de la convention et ne contrôle pas l’équilibre de l’accord entre les époux : son rôle se limite à vérifier le respect des exigences formelles de l’acte avant de le déposer au rang de ses minutes, ce dépôt donnant à la convention sa force exécutoire et fixant la date officielle du divorce pour l’état civil.
—
\*Situation composite reconstituée à partir de dossiers du cabinet, prénom modifié et détails changés.